lundi 19 janvier 2015

2014, année des reccords, et 2015 est encore à venir....

La nouvelle a été commenté dans les divers journaux, l'année 2014 est officiellement l'année la plus chaude qu'il soit à la surface du globe. Cependant, il ne s'agit pas du seul seul record cette année. L'Europe a également connu une année extraordinairement chaude, marquée par la succession de violents épisodes pluvieux. En Californie et au Brésil, la sécheresse a durement frappé. Tout ces événements traduisent l'évolution rapide de notre climat, et menacent de plus en plus la stabilité de notre civilisation. Ici, nous ramasserons tout les records qui sont tombés, afin de vous présenter une vue synthétique de l'année météorologique 2014.

Anomalies des températures en surface par rapport à la normale du 20ème siècle. Crédit image, Goddard Institute for Space Study, National Aeronautic and Space Administration : GISSTEMP NASA


ENSO - El Nino Southern Southern Oscillation

ENSO


ENSO signifie El Niño Southern Oscillation. Pourrait-on commencer un article avec un acronyme encore plus incompréhensible ? Pour comprendre, nous allons devoir parler des tropiques, et de son plus grand océan, le Pacifique tropical.

Les tropiques

En géographie, nous savons que les tropiques ont avant tout une définition géographique. Ils se situent par 23°26' S pour le tropique du Cancer et 23°26' N pour le tropique du Capricone. Cette image montre les deux tropiques en bleu foncé et l'équateur en bleu clair :

Du Nord au Sud, tropique du Capricorne (bleu foncé), équateur (bleu clair) et tropique du Cancer (bleu foncé). Source Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tropique


Cependant pour les scientifiques de l'atmosphère, une telle définition n'est pas satisfaisante. Les tropiques ont une définition moins "tranché", plus "flou", au sens où il ne s'agit pas d'une ligne de démarcation claire. Les tropiques en météorologie sont défini suivant la cellule de Hadley. Cependant cela ne nous avance guère. Qu'est ce que la cellule de Hadley ?

Cellule de Hadley


Les tropiques sont baigné de Soleil, et ce sont des régions qui chauffent fortement en toute saison. L'air chaud et humide s'élève au niveau de la Zone de Convergence Intertropical (ZCIT ou ITCZ en anglais), qui est en quelque sorte l'équateur météorologique. Puis cet air diverge et circule ver les Pôles. Cependant, la rotation de la Terre vient compliquer un peu la situation. La boucle de la cellule de Hadley n'est donc pas strictement méridional (ie. du Nord au Sud) mais vrille en trois dimensions. Vers 30°N, l'influence de la rotation devient si importante que l'air circule d'Ouest en Est. Au delà de ces latitudes, c'est les moyennes latitudes et la dominance du flux d'Ouest. L'air est donc forcé vers 30° de latitude Nord et Sud de ferme la boucle. Une subsidence (une "redescente" de l'air) de grande échelle avec des régions anticycloniques permanentes. Celles-ci engendrent les grands déserts, tel que le Sonora, le Sahara, le Karakum, le Kalahari, le désert australien, et tant d'autres encore.

Les déserts du monde, source wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Desert

Pour illustrer :

Schéma simplifié de la cellule de Hadley (Hadley Cell). Les alizés (trade wind) sous les tropiques et les vents d'ouest (westerlies) sont représentés. Source Comet Program : http://www.meted.ucar.edu/tropical/textbook_2nd_edition/print_1.htm  (inscription -gratuite- requise)

Autour de ces anticyclones, les vents tournent dans le sens des aiguilles des montres dans l'Hémisphère Nord, et dans le sens contraire dans l’Hémisphère Sud. Les vents dominants dans les tropiques soufflent ainsi de l'Est ou Nord Est, vers l'Ouest ou le Sud Ouest. Ils sont nommés alizés et par des phénomènes assez complexe, forment l'ITCZ, l'équateur météorologique. Nous avons l'impression que les alizés convergent (impression renforcé par le schéma ci-dessus), mais la réalité est un peu plus subtil. Cette réalité un peu plus subtil explique notamment que l'équateur météorologique ne correspondent que rarement à l'équateur géographique, et explique la mousson.

Probabilité d'occurrence de convection profonde (en haut) et de convection peu profonde (en bas) sur le globe. Source Bechtold 2008 Atmospheric moist convection.

Cette image illustre la probabilité d'occurrence de nuages convectifs peu épais en bas et de nuages convectifs épais en haut. Dans les tons chauds (rouge et orange), les nuages sont peu fréquents. Dans les tons froids (vert et bleu), ils sont fréquents. Le total ne fait pas toujours 1, car il existe des ciel sans nuages, et d'autres types de nuages

Les nuages convectifs peu épais sont en fait des stratus et stratocumulus :

Stratocumulus. Source WIkipedia

Et correspondent à des nuages qui sont littéralement écrasés. On voit qu'ils sont particulièrement fréquents sur les marges Est des basins océaniques tropicaux.
Au contraire, les nuages convectifs épais, c'est-à-dire les nuages d'orages :

Cumulonimbus. Source WIkipedia


Sont particulièrement fréquents au dessus du continent maritime, de l'Amazonie et de l'Afrique équatoriale.

Nous voyons que vers 30°N, les nuages sont particulièrement peu fréquent. Ce sont les régions des grands déserts. Cependant nous voyons aussi que les régions de convections profondes sont répartis de manière très hétérogène le long de l'équateur.
Il existe en effet une autre celulle de circulation. La convection tropicale forme une autre boucle, dans le sens Est-Ouest cette fois-ci.

Cellule de Walker


La convection tropicale s'organise de manière plutôt hétérogène le long de l'ITCZ, le fameux équateur météorologique ou l'air converge et forme des amas orageux semi permanent. Sur terre il existe trois grandes régions où la convection profonde se met en place. 
En premier lieu, il s'agit du continent maritime, c'est-à-dire les îles de l'Asie du Sud Est, comme les Philippines, la Guinée, l'Indonésie, ... Dans cette région, les eaux chaudes s'accumule et la thermocline s'enfonce profondément. La thermocline est le nom de la surface qui sépare les eaux chaudes de surfaces des eaux froides en profondeur. La surface de référence est souvent prise à 20° par commodité. 
La convection se met également en place au niveau de l'Amazonie (façade Est de la portion tropicale de l'Amérique du Sud) et au niveau de la portion tropicale de l'Afrique de l'Ouest (particulièrement au Congo Brazaville). Dans ces régions, se mettent en place des ascendances, c'est-à-dire que l'air s'élève, représenté par les flèches pointées vers le haut. Puis l'air diverge en latitude, et tout comme pour la cellule de Hadley, il existe des régions de subsidences, où l'air redescend. C'est le cas de la façade Pacifique de l'Amérique du Sud, qui est une région très sèche, où de l'Est de l'Afrique, assez peu humide également.



En combinant la cellule de Walker et la cellule de Hadley, nous arrivons alors à ce schéma de circulation idéal au dessus d'un Océan tropical :

Schéma idéalisé d'un Océan tropical. Very Wet : très humide - Wet : humide - Subtropical High : anticyclone subtropical - Dry : sec - Very Dry : très sec. Source The COMET Programm : http://www.goes-r.gov/users/comet/tropical/textbook_2nd_edition/navmenu.php_tab_4_page_6.0.0.htm (inscription -gratuite -requise).

Les régions "very dry", très sec en français, se trouvent dans les régions où la subsidence de Hadley et la subsidence de la cellule de Walker se superpose.

Le Pacifique tropical


Le Pacifique tropical, de par son immensité, se rapproche plutôt bien de ce schéma idéal. Au contraire, ce n'est absolument pas le cas pour l'Océan Indien. L'Océan Atlantique pour sa part est assez étendue et connait une dynamique assez similaire au Pacifique, mais de moindre importance suite à la taille réduite du bassin.
Le Pacifique donc est la plus grande masse d'eau sur Terre, et de loin. En temps normal, l'Océan Pacifique accumule donc une piscine d'eaux chaudes ( la warm pool en anglais ) dans la partie Ouest du bassin, au niveau du « continent maritime ». Ce terme désigne l’ensemble des îles, notamment l'Indonésie, les Philippines, la Nouvelle Guinée, qui forment la partie insulaire de l'Asie du Sud Est. La thermocline s'enfonce profondément dans l'Ouest du Pacifique, jusque vers 180 mètres. Dans l'Est, près du continent américain, la thermocline remonte et se situe vers 30 à 50 mètres.

Situation proche de la normale dans la Pacifique tropical (un peu près le seul endroit dans ce cas soit dit en passant, ailleurs cela chauffe). Source OSPO : http://www.ospo.noaa.gov/Products/ocean/sst/50km_night/2013.html


Sur cette carte de situation générale, nous retrouvons le continent maritime constitué de ce chapelet d'îles rattachés soit à l'Asie du Sud-Est, soit à l'Océanie. Dans le Pacifique central, nous notons une langue d'eau plus fraîche.
Ainsi, l'Ouest du Pacifique, aux environs du continent maritime, est une véritable « marmite ». De la convection profonde et permanente se développe alors à cet endroit. Les eaux chaudes et humides génèrent la formation de nuages d'orages, les cumulonimbus, durant toute l'année. Il se forme ainsi une boucle de convection à l'échelle planétaire. À basse altitude, l'air converge vers le continent maritime. Puis l'air s'élève, donnant des orages. Il se produit au dessus de cette région une activité pluvio orageuse très intense toute l'année. Il tombe ainsi de 1 à 5 mètres d'eau par an suivant les régions. Pour comparaison, il ne pleut « que » 0,7 à 0,8 mètre d'eau environ en Belgique (soit 700 à 800 millimètres). Comme quoi, il fait beau en Belgique... En altitude, l'air diverge, particulièrement vers l'Amérique du Sud. Cette boucle de circulation se nomme circulation de Walker.

Cette image, un peu complexe de prime abord, tente de synthétiser ces éléments :
Circulation sur le Pacifique, source : Recent intensification of wind-driven circulation in the Pacific and the ongoing warming hiatus, http://www.nature.com/nclimate/journal/v4/n3/fig_tab/nclimate2106_F3.html



La flèche bleu pleine représente la circulation océanique, avec une circulation d'Est en Ouest et une remontée des eaux profondes près de l'Amérique. La circulation atmosphérique est représenté par les pointillées.
En noir, la circulation de Walker. Au niveau du continent maritime, l'air s'élève. Ce mouvement provoque la formation de nuées d'orages, et de fortes précipitations. Au contraire, au niveau de l'Amérique, l'air s'affaisse. Il ne pleut pratiquement jamais.
En rouge, la cellule de Hadley. L'air qui s'élève au niveau du continent maritime redescend aussi au niveau de 30°N, formant deux anticyclones symétriques, dans l'Hémisphère Sud (non représenté) et l'Hémisphère Nord (noté H pour high en anglais). Là est l'origine du désert de Patagonie au Sud et des déserts du Mexique et des USA (Sonora, Chihuhua,...) au Nord.
Dans l'Atlantique, on retrouve la même organisation avec une zone de convection profonde sur la façade Ouest de l'Atlantique équatoriale, c'est-à-dire l'Amazonie. Les eaux froides remonte vers le Golfe de Guinée, alors que l'air s'affaisse au niveau du Sahara et de la Namibie.


Ce schéma simplifié illustre la circulation de Walker au niveau du Pacifique :




Situation moyenne dans le Pacifique.  Source CPC de la NOAA : http://www.cpc.ncep.noaa.gov/products/analysis_monitoring/ensocycle/enso_cycle.shtml

Ici, nous nous focalisons sur une situation neutre. L'Australie se devine à gauche, l'Amérique à droite. Nous remarquons bien la circulation de Walker, avec les vents d'Est en surface. Les eaux profondes, plus froides, remontent près du continent américain. Dans l'Ouest du bassin, les eaux chaudes s'accumulent sur la profondeur. La convection se développe alors sur l'Ouest du bassin, tandis que la subsidence (la "redescente" de l'air) se fait sur la marge Ouest du continent américain.

La Niña


La Niña correspond à une exagération de ce schéma de circulation. La pente de la thermocline s'accentue, la convection se renforce sur le continent maritime.

Pour l'atmosphère, la configuration est simple. La pression baisse dans l'Est du Pacifique, elle augmente dans le centre du Pacifique. Les vents soufflent alors vers les basses pressions, vers l'Est, avec plus de force. La convection est affaiblie dans le centre du Pacifique ; elle est renforcée à l'Est. On assiste à un renforcement et une extension de la cellule de Walker.

Pour l'océan, les eaux chaudes s'accumulent dans l'Est du bassin. Au contraire, le Pacifique se refroidit le long de la côte américaine.





El Niño


El Niño a des conséquences souvent plus spectaculaires que la Niña, car l'organisation de la convection tropicale se trouve alors profondément remanié.

L'Océan pacifique se réchauffe, et la thermocline s'enfonce plus profondément dans l'Est du bassin. Elle devient ainsi pratiquement de niveau.
Pour l'atmosphère, la pression baisse dans le centre du Pacifique. La convection est alors particulièrement renforcé sur le centre du Pacifique, et déborde même sur l'Amérique du Sud. En conséquence, la subsidence de la cellule de Walker se déplace sur le centre du continent, ce qui tend à provoquer des sécheresses en Amazonie.



Une carte dans le monde "réel" pour illustrer :

Températures de surface de l'océan en Décembre 1997. Source OSPO : http://www.ospo.noaa.gov/Products/ocean/sst/monthly_mean.html


On remarque sur cette carte que les eaux chaudes se sont étalées vers l'Est et vers l'Amérique, par rapport à la carte de Décembre 2013 présentant une situation sans anomalies particulières dans le Pacifique.

El Niño reste un événement délicat à prévoir car il y a "couplage" entre l'Océan et l'Atmosphère. Les anomalies de circulation atmosphérique -des vents d'Ouest à la place de vent d'Est- et océanique -un réchauffement du bassin Pacifique- évoluent ensemble. Ce ne sont pas des anomalies océaniques qui sont la cause du déplacement des centre de convections. Ce ne sont pas les anomalies de la convections qui sont la cause du déplacement des eaux chaudes. Les deux éléments évoluent ensemble. Le mot exact est rétroaction, les deux rétroagissent l'un sur l'autre. Parfois le couplage se fait, les rétroactions mènent à un "emballement" qui finit par générer un événement El Niño. Et parfois le couplage échoue et le Pacifique retombe dans un état moyen.
Le Printemps est la période de l'année où le Pacifique est dans sa phase de "sensibilité". Des faibles perturbations atmosphériques ou océaniques peuvent lourdement favoriser ou défavoriser le développement d'un événement Niño ou Niña.
Généralement, un événement El Niño se développe durant le Printemps boréal et atteint son maximum d'intensité vers Novembre ou Décembre.
À l'échelle planétaire, les impacts sont multiples et encore parfois mal compris. La convection tropicale est une importante source de chaleur et perturbe profondément la circulation atmosphérique. En Europe, les impacts sont plus ténus. Ils existent bien sûr également, mais ils restent difficile à percevoir et mal défini.

Impact globaux d'El Niño. Source Wikipedia






De plus El Niño est associé à un réchauffement temporaire (de un an ou deux) des températures globales.

Suivre l'ENSO, en anglais et en français


Si la communauté météorologique belge n'est pas très active, vous pouvez néanmoins suivre ce sujet de discussion ; et y participer si vous le désirez :

http://www.forums.meteobelgium.be/index.php?s=d3c93e1b3b1f982e17c838a3a8ebcedb&showtopic=10703

dimanche 1 juin 2014

2014-2015, dans les larmes et le sang

Alors que le réchauffement climatique continue son oeuvre au noir, dans le Pacifique un événement El Niño se met en place. Que nous réserve alors ces deux années 2014 et 2015 ?

L'année 2014, déjà bien mal entamé


Depuis le début de l'année, les événements extrêmes sont récurrents. Nous vous avions déjà parler dans un billet précédent de l'Hiver 2014. Depuis, les bizarreries climatiques s'accumulent encore et encore. Nous vous parlions d'inondations en Europe, de sécheresse en Californie et au Brésil. Et bien deux mois plus tard rien n'a changé. Après le Royaume-Uni, les Balkans viennent de subir des crues historiques, la Californie brûle, et le Brésil est toujours en difficulté avec la sécheresse. En plus, nous pouvons ajouter que la Sibérie brûle à son tour, que l'Australie a eu bien chaud, et que la Chine va avoir bien chaud. Nous nous proposons ici de détailler les éléments nouveaux qui sont apparus depuis cet Hiver, pour essayer ensuite de dégager une vue ensemble et envisager certaines perspectives pour cette fin d'année et l'année prochaine.

L'enneigement de l'hémisphère, déficitaire


Dans la continuité des années précédentes, l'enneigement au printemps continue de reculer très rapidement en Sibérie et au Canada. Ce graphique illustre l'extension de l'enneigement début Mai, durant la semaine 18 : 

Extension en kilomètres carré de l'enneigement de l'Hémisphère Nord ( HN ) pour la semaine 18, de 1968 à 2014. Source Université de Rutgers : http://climate.rutgers.edu/snowcover/
Si 2014 ne se positionne pas spécialement bas, cette année reste dans la tendance des années récentes.
Cette régression précoce de l'enneigement a plusieurs conséquences. En premier lieu, la neige a un très bon albédo. Autrement, elle réfléchit efficacement la lumière visible. C'est la raison pour laquelle il est nécessaire de porter des lunettes de Soleil même pour aller au ski. La neige est aveuglante, car elle renvoie toute l'énergie lumineuse qu'elle reçoit. Cette énergie est alors dispersé vers l'espace, elle est perdue. La neige maintient donc les régions qu'elles couvrent au froid. La Sibérie et l'Alaska, ayant été dépossédé en avance de cette couverture "isolante", on particulièrement chauffé ce Printemps.

En première conséquence, les deux régions connaissent alors des incendies de forêt inhabituellement violent et précoce. 
Incendie de forêt en Sibérie (localisation en haut à gauche) le 6 Mai. Source Rapid Response :  http://lance-modis.eosdis.nasa.gov/cgi-bin/imagery/gallery.cgi
Les incendies de forêt dispersent d'épais panaches de cendre, d'ailleurs bien visible sur cette image. Dans l'atmosphère, les cendres tendent à absorber le rayonnement solaire. Elles ont donc tendance à s'échauffer au détriment des couches inférieurs de l'atmosphère, ce qui peut avoir un effet refroidissant (effet qui n'est pas de même nature que la neige cependant). Pourtant, ces cendres sont rapidement lessivés par les précipitations. Et les recherches récentes, notamment le Dark Snow Project, tendent à montrer que le dépôt des cendres sur la neige accélère sa fonte.

Cependant, la quantité d'énergie accumulé a aussi un impact direct sur l'Hémsiphère Nord en permettant son réchauffement. De plus, ce sont les latitudes nordiques qui se réchauffent. Cette évolution tend à affaiblir le gradient de température entre l'Arctique et l'équateur. Cette affaiblissement du gradient de température est responsable d'un ralentissement du jet d'Ouest, qui méandre et tend à former de larges boucles.

Les tropiques, en ébullition

Une autre cause de la perturbation de la circulation atmosphérique mondiale est à chercher dans les tropiques. Le Pacifique tropical est actuellement en bonne voir pour connaitre un phénomène cyclique qui est nommé El Niño. Vous pouvez voir ici notre explication au sujet de ce phénomène :

Rappelons brièvement que l'El Niño se caractérise par un réchauffement considérable considérable du Pacifique tropicale, et surtout de la partie Est du bassin. Depuis l'année dernière, les eaux chaudes se sont accumulés au niveau du Pacifique Ouest. Ce renforcement de la piscine d'eau chaude est un des éléments précurseurs d'El Niño. Comme une onde qui se propage sur une corde, une des signature d'El Niño sont des ondes océaniques qui se propage d'Ouest en Est. Elles sont matérialisés par une accumulation d'énergie sous forme d'une réserve d'eau chaude qui se propage et s'étale à la surface du Pacifique et se nomment ondes de Kelvin Océanique. En 2013, la piscine d'eau chaude du Pacifique Ouest aura été particulièrement... chaude et humide, sans mauvais jeu de mot. Et cette accumulation d'eau est actuellement en train de se propager vers l'Est, avec  le développement de fortes anomalies positives de températures. Il s'agit là d'un des premiers signes de l'El Niño en développement :

Anomalie des températures de la surface des Océans. Source OSPO : http://www.ospo.noaa.gov/Products/ocean/sst/anomaly/index.html


Ce renforcement de la piscine d'eau chaude du Pacifique Ouest aura aussi eu pour conséquence un renforcement de la convection tropicale au niveau du continent maritime cet Hiver. Le typhon Hayian, au mois de Novembre 2013, par exemple, n'aura pas été étranger à des anomalies de températures positives de l'océan, qui s'étendait sur plusieurs centaines de mètres de profondeur.

Par des mécanismes assez complexes, ce renforcement de la convection tropicale dans le Pacifique Ouest a pu favorisé un schéma de circulation atypique. Aux moyennes latitudes, le jet stream en altitude tend à souffler d'Ouest en Est, et c'est tout aussi vrai pour le Pacifique aux latitudes des USA. Cependant, lorsque la convection tropicale se trouve ainsi renforcé, le jet tend à former de larges courbes, et à venir se bloquer dans un schéma de circulation plutôt Nord-Sud que Ouest-Est. Les recherches les plus récentes tendent à montrer que le réchauffement anormale du Pacifique Ouest a aussi contribué à amplifier l'activité ondulatoire planétaire. Et comme le réchauffement climatique imprime une tendance de hausse des températures en plus de cette variabilité naturelle, l'année 2013 aura été d'autant extrême. L'année 2013, en tant qu'année durant laquelle c'est initié l'El Niño, a tout naturellement connu un réchauffement du Pacifique Ouest. Celui-ci a cependant été amplifié par la tendance du réchauffement climatique.

Une étude récente a ainsi identifié un schéma de circulation dipolaire sur le Pacifique et l'Amérique. Il est constitué d'une anomalie haute ( pressions et températures élevées ) sur la façade Ouest de l'Amérique du Nord, et d'une anomalie basse ( pressions et températures faibles ) sur le continent. Ce dipôle est renforcé l'année précédent un El Niño, mais tend aussi à s’amplifier au fil des années avec le réchauffement climatique.

Schéma du dipôle et évolution de son intensité. Les acronymes pour le graphique se réfèrent à la part de l'évolution dû aux gas à effet de serre ( GHG ), la part dû aux facteurs naturels ( NAT ) et l'évolution observé ( OBS ). Source : http://news.cisc.gmu.edu/doc/CA_drought_research.pdf


Pluies diluviennes dans les Balkans

Nous avions déjà tenter d'expliquer pourquoi les événements extrêmes se multiplieraient avec le réchauffement climatique, sans avoir ne serait-ce qu'à considérer l'évolution du courant-jet. En effet, un air plus chaud peut contenir plus de vapeur d'eau, environ 6% à 7% en plus par degrés Celsius. Une explication vous avez été proposée ici même :

http://previsionsmeteobelgique.blogspot.fr/2014/02/waterworld.html

Si un air plus chaud peut contenir plus d'humidité, alors le cycle de l'eau se trouve accélère. L'eau quitte plus facilement la surface car l'air peut en accueillir une masse plus importante, ce qui provoque des sécheresses. Et lorsque la vapeur atmosphérique se condense en pluie, l'air contenant une masse plus importante d'eau les pluies sont d'autant plus violentes. Dans notre expérience courante, nous en avons l'intuition. L’Été, le Soleil et les températures élevées assèche plus facilement le sol. Il suffit parfois d'un jour ou deux pour qu'il ne reste plus aucune flaque d'eau après une bonne pluie l’Été, alors qu'en Hiver les sols restent humides bien plus longtemps, même si le temps reste sec.

Dans le monde, le même processus est à l'oeuvre. Après l'Europe du Nord-Ouest, ce sont les Balkans qui viennent de subir une succession de passages pluvieux qui a provoqué les pires inondations qu'aient connu la région depuis au moins 120 ans. Les cumuls de précipitations sont proprement diluviens, comme le montre cette carte :


Localement, les cumuls ont même dépassé les 200 millimètres sur la semaine, ce qui n’apparaît pas sur la carte qui reste assez "générale" et large dans son approche. La ville de Tusla a ainsi collecté 256 millimètres, soit 0,26 mètres d'eau par mètre carré, en 7 jours seulement :


Pour mesurer l'importance du chiffre, à Uccle, depuis le début d'année, il n'est tombé que 230 millimètres depuis le début d'année. Les conséquences ont été terribles, un ministre avançant même une comparaison avec la guerre en Bosnie. Si la relative pauvreté des deux pays a aussi été un facteur aggravant, augmentant la vulnérabilité aux risque, il n'en reste pas moins qu'un tel épisode :


Même si cela ne semble pas nous affecter directement, nos impôts, via l'Union Européenne, serviront en partie à soutenir la Bosnie et la Serbie. La Bosnie particulièrement sera incapable de se relever sans une aide extérieure massive.

Sécheresse en Californie

Pour la Californie, la situation ne s'arrange absolument pas. Les mois de Mars et Avril auront été un peu plus arrosés, tout en restant déficitaire. Le déficit hydrologique ne fait donc que s'aggraver au fil des semaines.

Sécheresse aux USA. Source Dought Monitor : http://droughtmonitor.unl.edu/
De plus le Texas est également touché. Le climat du Texas et de la Californie sont assez différents. Si la chaleur domine l’Été pour les deux Etats, la Californie connait un climat méditerranéen, comme dans le Sud-Est de la France, mais très prononcé. Les précipitations dans la région sont inexistantes de Mai à Septembre. L'Hiver est donc une saison cruciale qui permet de reconstituer les réserves d'eaux avant la saison sèche. Sauf que cette année, l'Hiver aura été lui aussi fort sec. Il ne sera par exemple tomber que 8.8 inches à San Francisco, soit 224 millimètres (moins qu'en Bosnie en 4 jours...). Notons aussi que le cumul n'augmente pratiquement sur les mois de Juillet à Octobre (à gauche) et les mois de Mai à Juin (à droite), ce qui signe le climat méditerranéen. Il ne pleut qu'en Hiver :

Données climatiques de l'aéroport de San Francisco. Source NWS San Francisco Bay/Monterey : http://www.wrh.noaa.gov/climate/temp_graphs.php?stn=KSFO&wfo=mtr

Pour le Texas par contre, les pluies se produisent préférentiellement en Été. La situation a donc encore une chance de s'améliorer, bien que les prévisions soient assez pessimistes.

La Californie est ainsi la proie d'incendies de forêts particulièrement violent pour la saison. Les conséquences sont parfois curieuses, comme cette "tornade de feu" filmé mi Mai non loin de San Diego. Le terme de "tornade de feu" est impropre, puisqu'il s'agit d'un tourbillon de flamme, le terme de tornade se référent à un quelque chose de très spécifique.



 Cependant, en dehors de cette anecdote, les conséquences risquent d'être dramatique. Lors de la dernière sécheresse en Californie, au tournant des années 2000, San Diego avait été assiégé par les incendies et l'événement a été nommé littéralement "le siège de feu de 2003". Au final il y avait plus de peur que de mal en 2003. Il n'est pas garanti cependant qu'une situation d'encerclement d'une grande agglomération puisse être contrôlé à chaque fois.
En dehors de ces spéculations, la sécheresse en Californie aura un impact économique majeur. Outre les incendies, le secteur agricole a une grande importance en Californie. La plupart des fruits et légumes aux USA sont produit dans le centre de la Californie.

Et après ?

Les années 2014 et 2015 seront deux années délicates d'un point de vue climatique. La poursuite du réchauffement global, et le développement d'un événement El Niño, sont sur le point de se conjuguer pour donner un duo explosif.

Durant le dernier El Niño, pendant les années 2009 et 2010, les perturbations climatiques avaient eu de lourdes conséquences. L'Amazonie avait souffert d'une grande sécheresse. La Russie européenne avait connu son Été les plus chaud et le plus sec depuis des siècles (vous pouvez consulter aussi Wikipedia en anglais : http://en.wikipedia.org/wiki/2010_Northern_Hemisphere_summer_heat_waves ). En comparaison, cet événement avait été encore plus extrême que la canicule de 2003 en Europe de l'Ouest, l'influence du changement climatique ayant eu une influence notable. Dans le sillage de cette canicule, le prix des matières premières avaient flambé eux aussi, contribuant in fine à déclencher le Printemps Arabe ( "printemps" qui dure maintenant depuis 3 ans... ) et à des crises de subsidences dans plusieurs pays.

En premier lieu, le phénomène El Niño provoque une hausse temporaire des températures globales qui se superpose à la tendance du réchauffement. L'année 2014 pourrait ainsi être l'une des plus douces, alors que 2015 est pratiquement assuré de battre le record. Prévisions MétéoBelgique vous présente ici une prévision de l'évolution des températures pour la planète. Cette prévision reste plutôt indicative. Il est impossible de savoir comment évoluera précisément l'El Niño. De plus, une éruption volcanique pourrait interrompre cet envolée. Cependant, sauf grosse surprise, la trajectoire suivie par les températures sera assez proche de celle présentée :

Températures observé par l'UAH en orange (source : http://nsstc.uah.edu/climate/ ) et son modèle en bleu.

Cependant, il s'agit là d'une moyenne globale, et derrière cette moyenne peuvent apparaître des réalités bien diverses. Prévisions MétéoBelgique estime ainsi qu'il est probable qu'une portion des terres de l'Hémisphère Nord connaisse à nouveau une canicule sans précédent. Le centre et l'Ouest des USA sont particulièrement exposé, ainsi que l'Europe de l'Est. Nous ne parlons cependant pas là seulement d'une canicule. La variabilité du climat fait qu'il y en aura toujours une quelque part. Nous envisageons un événement de grande ampleur et sans précédent comme a pu l'être l'été 2003 en Europe de l'Ouest ou l'été 2010 en Russie ; avec des conséquences socio économiques durable et marquées.

En tout état de cause, nous nous attendons à nouveau à de sévères turbulences climatiques en 2014 et 2015. Prévisions MétéoBelgique vous tiendra bien sûr au courant !

mardi 18 février 2014

Waterworld

Introduction 


Prévision MétéoBelgique vous avez déjà présenté ici même un bref aperçu des événements marquants de cet Hiver :

http://previsionsmeteobelgique.blogspot.fr/2014/02/lhiver-2014-de-tout-les-exces.html

La situation est à ce point remarquable que les médias commencent même à s'emparer du sujet :

http://www.lesoir.be/469150/article/actualite/sciences-et-sante/2014-02-16/rechauffement-arctique-modifierait-climat-en-amerique-du-nord-et-en-europe

http://www.rtbf.be/info/monde/detail_le-rechauffement-arctique-modifierait-le-climat-aux-usa-et-en-europe?id=8202202

Le ton très prudent de l'article ne doit cependant pas masquer le fait qu'un changement climatique est bien en cours. La théorie a commencé à prendre forme il y a une dizaines d'années. Prévision MétéoBelgique soutient ces thèses depuis sa fondation ( http://previsionsmeteobelgique.blogspot.fr/2013/03/mars-2013-froid-loscillation-arctique.html ou http://previsionsmeteobelgique.blogspot.fr/2012/10/fonte-record-dans-larctique-et.html ). Et chaque année qui passe ne fait que renforcer la convergence des preuves. De plus en plus souvent, le jet semble se comporter bizarrement. La circonspection des scientifiques tient surtout à la problématique de l'attribution.
Si un fumeur de longue date meurt d'un cancer du poumon, spontanément nous lions sa maladie à son tabagisme. Pour autant, il n'existe aucune preuve formelle qu'il est malade du tabac. Les scientifiques se contentent de dire qu'en toute généralité, fumer augmente le risque de développer un cancer. Les humains, depuis la nuit des temps, ont toujours eu des cancers. Et peut être que le fumeur pris en exemple aurait eu un cancer même si il n'avait jamais approché une cigarette.
Pour le changement climatique, nous avons le même problème. Des événements météorologiques extrêmes se produisent depuis la nuit des temps. Et les scientifiques se bornent à dire que le changement climatique augmente la probabilité d'événements extrêmes. Sur un hiver ponctuellement, il est très délicat de faire le lien avec le réchauffement global. Pour autant, nous nous doutons bien que ce n'est pas juste la faute à "pas de chance" si nous enchainons ainsi les bizarreries en tous genres depuis une quinzaine d'années. Il est bien impossible d'établir un lien formel entre le réchauffement climatique et les événements de cet Hiver, expliquant le ton prudent de l'article. Pour autant, les changements sont consistants avec l'évolution attendue, et cela ne risque pas de s'arranger avec les années qui passent.

Ici nous parlerons en particulier de la façade Ouest de l'Europe, qui connait des inondations régulières. Que ce soit la mer qui envahit les terres :


ou les rivières qui débordent : 


Chaleur et humidité


Nous parlerons beaucoup physique dans cette partie, mais nous tenterons de rester le plus simple possible. Pour bien commencer, clarifions l'idée de pression. La pression d'un gaz est en fait la manifestation de son poids. Plus la masse d'un gaz est élevé, plus sa pression est importante. La répartition de la pression à la surface de la Terre (la succession des dépressions et des anticyclones) est donc essentiellement une répartition de la masse à la surface de la Terre.

Nous allons donc expliquer un peu plus en détail les mécanismes physiques en jeu. Cependant, si vous voulez éviter de lire un grand paragraphe de physique, vous pouvez terminer de lire ce passage, et passer au graphique de la température et masse de vapeur d'eau à 925 hPa. L'idée forte est donc : 

Plus l'air est chaud, plus il peut contenir de vapeur d'eau. 

Le sujet est posé de suite, mais ne craignez rien nous allons nous expliquer. 
Une loi physique découverte il y a plus de deux siècles déjà, explique que l'équilibre entre la phase vapeur et la phase liquide d'un composé chimique dépend essentiellement de la température.
Qu'est ce que cela veut dire en français ? 

En fait, la matière peut exister sous forme solide, liquide ou gazeuse. L'eau par exemple se rencontre sur Terre sous la forme solide ( la glace ), sous forme liquide ( l'eau ) et sous forme gazeuse ( vapeur ). Le cycle de l'eau illustre bien la coexistence de ces différents états. L'eau des mers, lacs et rivières s'évaporent dans l'atmosphère. La vapeur d'eau forment alors des nuages, qui précipitent soit en neige, soit en pluie. 


L'eau existe ainsi sur Terre sous tout les états. Il existe assez peu d'autres composés qui puissent changer d'état aux températures habituelles. Les métaux, solides, peuvent par exemple devenir liquides mais seulement après un chauffage important (au moins 1000°C en général). Une exception notable est le mercure qui lui est normalement liquide. Cependant, le mercure solide est quelque chose de nettement moins courant alors... Le mercure liquide a été utilisé pour les thermomètres. Il est reconnaissable à son aspect liquide et argenté : 

Ensemble de thermomètres à mercure. Source wikipedia : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Kwikthermometers.jpg
Notons un point alors important. Il est parfois question de "vapeur de mercure". En effet, dans un thermomètre, le sommet du tube n'est pas vide. Le mercure s'évapore spontanément pour occuper tout le volume. Il y a donc toujours dans un thermomètre du mercure gazeux. Lorsque le thermomètre est brisé, sans même toucher le liquide, nous pouvons respirer des vapeurs. Les effets sur la santé sont alors particulièrement sympathique... Nous ne pouvons pas voir les vapeurs. Par contre nous pouvons voir l'interface entre la phase liquide et vapeur. Ou, dit plus prosaïquement, le niveau de mercure dans le thermomètre. 
Pour revenir à l'eau, elle a donc cette particularité de pouvoir être à la fois solide, liquide, et vapeur. 

La question qui se pose alors est de savoir sous quelle(s) conditions l'eau change d'état. Quels sont les "seuils" qui déterminent le passage d'une phase à l'autre ? Ce diagramme montre que la limite entre deux phases est seulement fonction de la température et de la pression : 

Diagramme de phase de l'eau, source wikipedia : http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Diagramme_de_phases_de_l'eau.svg
Déjà, prenons nos repères dans ce diagramme. La température est indiqué en degré Celsius en bas et en rouge. Sur Terre, les températures vont classiquement de -60°C (en Sibérie et en Antarctique) à +50°C (dans les déserts chauds, notamment le Sahara), avec quelques extrêmes plus appuyés localement. Dans cette gamme de température, les trois phases de l'eau sont bien possibles. 
Pour l'autre axe, l'axe vertical, il s'agit de la pression. Elle est indiqué à gauche -en rouge à nouveau- en bar. Une pression de 1 bar correspond à la pression atmosphérique. 
Remarquons qu'à 0°C et une atmosphère, l'eau gèle. Et qu'à 100°C et une atmosphère, l'eau bout. Cela correspond bien à ce que nous savons. L'eau bout à 100°C, l'eau gèle à 0°C. 

Parlons déjà de la phase liquide. La masse des océans, des lacs et des rivières est essentiellement constitué d'eau. Il arrive par temps froid que cette masse gèle. Nous parlerons de banquise si il s'agit de la mer, et simplement de glace dans les autres cas. 
Cependant, à la surface de ce liquide, l'eau s'évapore spontanément pour occuper l'ensemble du volume atmosphérique. Un peu comme un thermomètre de mercure, où il se forme une interface entre la phase liquide et vapeur. L'équilibre entre la phase liquide et vapeur est essentiellement du à la température ambiante. 
Précisons un point en particulier. Par exemple, à 25°C, la pression de vapeur est normalement d'environ 30 hPa (30 millibars, 3 centièmes de la pression atmosphérique). Cela n'indique pas que la pression atmosphérique est de 30 hPa (cela ferait une sacrée foutue dépression...). La pression est toujours d'environ 1 bar ( 1000 hPa ), et il n'y a pas de raison qu'elle bouge de beaucoup. La pression dont il est question ici est uniquement celle de la phase vapeur de l'eau.
L'air a une pression de 1000 hPa, et dans ces 1000 hPa, la vapeur d'eau contribue pour 30 hPa. 
Ainsi, lorsque nous parlons de pression, c'est bien la pression de la vapeur d'eau, et non la pression atmosphérique. L'expression consacrée pour cet usage est "tension de vapeur", mais le mot tension est bien là pour parler d'une pression, du poids de la vapeur d'eau dans l'air. 

Nous le disions, la pression est essentiellement une manifestation de la masse d'un gaz. Si l'atmosphère a une masse fixe, ce qui limite les possibilités de voir sa pression variait, ce n'est pas le cas pour l'eau. Localement, la masse de vapeur peut varier très fortement. Et ces variations sont liés aux températures. Le diagramme met en évidence qu'un air froid contiendra potentiellement moins de vapeur qu'un air plus chaud. 

C'est bien le point important de cette histoire. De l'air plus chaud pourra plus se charger en vapeur d'eau. En réalité cette loi est vrai quelle que soit le composé concerné. Si vous voulez briller en société, il s'agit de la relation de Clausius Clapeyron. Pour l'eau, elle implique que l'atmosphère pourra contenir environ 6% à 7% de vapeur d'eau en plus pour un degré de réchauffement. 

Et les conséquences de cette loi sont gigantesques pour le changement climatique. En premier, la masse de vapeur d'eau dans l'atmosphère augmente bien avec la température. Elle est nommé humidité spécifique, car il est calculé plus exactement la masse de vapeur d'eau par rapport à 1 kg d'air. Cela reste cependant bien une masse d'eau : 

Température et humidité spécifique à 925 hPa (750 mètres environ). Source : Reanalysis I du NCEP NCAR, http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

En bleu, nous avons la moyenne annuelle de la température à 925 hPa. Et en rouge, nous avons l'humidité spécifique. Les deux échelles ont été alignées à peu près. Une variation de 2°C de la température (de 10°C à 12°C sur l'axe de gauche), correspond donc à une variation d'environ 14% de la teneur en vapeur d'eau. Et une variation de 14% sur une valeur de 7 grammes par kilogramme donne environ 8 grammes par kilogramme de borne supérieur. Nous voyons de suite que la température et l'humidité évolue ensemble de manière remarquable. 

Pour conclure ces généralités, nous pouvons donc dire que plus l'air est chaud, plus il peut être humide. Et lorsque nous prenons les données du monde réel, c'est tout à fait ce qui est observé. 

L'Atlantique et l'Europe


Rappelons déjà que l'Hiver, globalement, est très doux. Le mois de Janvier est le troisième plus chaud pour la NASA : 

Anomalie des températures à 2 mètres. Source :  GISS, NASA http://data.giss.nasa.gov/gistemp/
Le froid aux USA n'apparait pas particulièrement spectaculaire, surtout comparé aux anomalies en Alaska et dans le Nord canadien... Le temps bien doux en Europe se confirme également.

Pour l'Europe donc. Cet Hiver, le flux d'Ouest aura été particulièrement vigoureux. Il aura aussi été particulièrement humide pour la façade Ouest de l'Europe, du Portugal à l'Irlande en passant par la Galice.

Regardons un peu ce qui passe du côté de l'Atlantique. L'océan aura été particulièrement doux : 

Anomalie des températures de surface de la mer (SST en anglais). Source : OSPO, http://www.ospo.noaa.gov/Products/ocean/index.html
Les températures sont dénommés SST (Sea Surface Temperature, température de surface de la mer). Les anomalies chaudes dominent visiblement l'ensemble des océans. Dans l'Atlantique, c'est particulièrement vrai entre 20° Nord et 40° Nord. Cette anomalie aura alimentée en humidité les dépressions atlantiques.

Nous avons ici représenté les SST et l'humidité pour l'Atlantique entre 10° Nord et 40° Nord, et entre 80° Ouest et 20° Ouest. Pour Décembre et Janvier, la moyenne des SST (température de surface de la mer) et de l'humidité à 1000 hPa (au dessus de la surface) montrent une claire tendance à la hausse. Et en ce qui concerne cette année, la moyenne de Décembre 2013 et Janvier 2014 est dans le haut du panier : 

Température de surface de la mer (SST) et humidité spécifique à 1000 hPa (surface environ) pour l'Atlantique tropical et subtropical Nord. Source : Reanalysis I du NCEP NCAR, http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml
Un océan plus chaud a pu alimenté en humidité les dépressions venues de l'Atlantique. 

Restons cependant bien clair. Il ne s'agit pas de justifier que les tempêtes sont plus nombreuses à cause du réchauffement. Nous affirmons juste qu'une atmosphère plus chaude et aussi plus humide. Cela tend alors à empirer la gravité de tout événement météorologique. Cette année, la circulation d'Ouest a de toute façon était particulièrement forte. Les raisons de cette circulation sont multiples. Les perturbations du courant jet (jet stream en anglais) suite au réchauffement climatique ont sans doute favorisé son accélération sur l'Europe de l'Ouest. De plus la configuration en tripôle des anomalie de SST est également favorable à un flux d'Ouest. 

Cependant, chaque dépression qui est passé avait à sa disposition une plus grande réserve d'humidité.

Le Royaume-Uni est alors particulièrement en difficulté. Avant de continuer à parler de chiffres, et sans prétendre faire une revue de presse, quelques liens pour illustrer : 





L'étendue des inondations est visible depuis l'espace : 

Image satellite du Sommerst, avant les inondations et le 8 Février 2012. Source : http://www.theguardian.com/environment/2014/feb/13/storms-floods-climate-change-upon-us-lord-stern

L'église de Tirley à 800 mètres de distance du lit de la rivière, et 4 mètres d'élévation au dessus... 

Saint Michael and All Angels Church, Tirley, Gloucestershire 


En France, la Bretagne a également été victime des intempéries : 





Et jusqu'en Galice les pluies font parler d'elle, même si la situation est moins catastrophiques qu'en Grande-Bretagne : 


Pour revenir au Royaume-Uni, les inondations se sont développés dans un contexte déjà humide. Le mois d'Octobre avait été particulièrement arrosé, le mois de Novembre normal, le mois de Décembre proche des record. Le mois de Janvier exceptionnellement pluvieux, et le mois de Février toujours très humide ont achevé de compléter les excédents. Au mois de Janvier, il est tombé plus de 220 millimètres dans l'Ouest de l'Angleterre, de la Cumbrie aux Cornouailles, et jusqu'à 250 millimètres localement. L'Est, notamment l'Anglia était "sous le vent" et on était relativement plus épargné, avec des totaux de l'ordre de 90 millimètres pour les régions les moins arrosés :

Total des précipitations mensuelles en millimètres pour l'Angleterre et le pays de Galles. Source : Agence de l'Environnement,  http://www.environment-agency.gov.uk/research/library/publications/33995.aspx

Le débit des rivières a alors approché ou dépassé les records, avec des valeurs allant de 150% à plus de 300% de la normale. La Tamise (the Thames) particulièrement a dépassé son record :

Débit des rivières anglaises et galloises en pourcentage de la normale. Source : Agence de l'Environnement,  http://www.environment-agency.gov.uk/research/library/publications/33995.aspx

La synthèse des chiffres par la BBC : http://www.bbc.co.uk/news/science-environment-26175213

Ailleurs dans le monde, des inondations violentes frappent l'Afrique de l'Est. Le Zimbabwe a du demandé une aide d'urgence:


Et la  situation au Burundi est tragique : 


Niveau de l'océan


Une autre conséquence plus directe et plus évidente du réchauffement climatique est la hausse du niveau de la mer. 
Au niveau global, les satellites mettent en évidence un rythme d'élévation de 3.2 millimètres par an environ : 

Hausse du niveau de la mer. Source : http://www.aviso.oceanobs.com/en/news/ocean-indicators/mean-sea-level/
Cette hausse est du environ pour moitié à la dilatation thermique des océans, et pour moitié à la fonte des glaciers et calottes glaciaires. 
Pour l'Europe de l'Ouest, nous pouvons regarder la station de Brest qui possède une série particulièrement longue. Le niveau de la mer pris en référence est celui de la marée basse, ce qui explique que les chiffres soient déjà de l'ordre de 6 à 7 mètres. Cela veut dire que le niveau moyen à Brest est 6 ou 7 mètres au dessus du niveau à marée basse : 

Niveau moyen de la mer à Brest. Source : http://www.psmsl.org/data/obtaining/stations/1.php
Nous pouvons remarquer que le niveau est monté de 20 centimètres pour Brest. Ce qui reste un peu près vrai pour l'ensemble des côtes du Nord-Ouest de l'Europe. 

Ici, établir un lien est bien plus évident. Le réchauffement cause une élévation du niveau des océans, qui sont alors d'autant plus susceptibles de pénétrer les terres lors d'une tempêtes. 

Le Somerset en Angleterre a été particulièrement concerné cette année :


mais c'est bien l'ensemble de l'aménagement des côtes qui devra être revu à terme. 

Il s'était passé la même chose un peu plus tôt cet Hiver. Lorsque Xaver avait frappé le Nord-Ouest de l'Europe le 6 Décembre, la mer avait eu d'autant plus de facilité a progressé dans les terres, que le niveau de la mer est en hausse constante. 



Par exemple à Ostende, le niveau de la mer a atteint 6.33 mètres le 6 Décembre : 

Niveau de la mer les 5 et 6 Décembre 2013 à Ostende. Source : http://www.mumm.ac.be/EN/News/item.php?ID=339
Cependant, le niveau est monté de 20 centimètres en deux siècles environ, et de 10 centimètres depuis la tempête de 1953. 

Accélération du cycle hydrologique


Nous avons expliqué qu'un air plus chaud et aussi plus humide, ce qui renforce la probabilité d'événements extrêmement pluvieux. Cependant, ce n'est pas la seule conséquence. Un air plus chaud peut contenir plus d'humidité, mais cette humidité doit bien avoir une origine. Au dessus de l'Atlantique cette année l'évaporation s'est grandement accéléré pour gaver les dépressions de vapeur. Cependant, ne nous inquiétons pas pour cet océan, ce ne sont pas quelques cyclones qui le videront de son eau. 
Ceci n'est plus vrai pour les terres, où la plus grande évaporation peut causer des sécheresses bien plus sévères. L'eau est pompé du sol plus rapidement si l'air est sec. C'est d'ailleurs le principe du sèche-cheveux, soufflé de l'air chaud pour sécher les cheveux... Nous avons donc à la fois des sécheresses plus extrêmes et des inondations plus extrêmes. Sans même parler de perturbations du courant-jet, les événements météorologiques évolueront donc vers toujours plus d'extrêmes. Globalement, le monde devrait devenir plus humide, mais localement des régions pourraient devenir aride ou osciller entre trop peu et trop d'eau. 

Ailleurs dans le monde, l'effet sèche-cheveux est donc en route, et marche terriblement bien. La Californie est ainsi aux prises avec une sécheresse historique qui menace gravement l'économie de l'État le plus riche et le plus peu peuplé des USA.  


Alors que la Californie est un important producteur de fruits et légumes, la question se pose de savoir si ces cultures sont encore viables, remettant en cause la pérennité de tout un pan de l'activité économique des États-Unis :


Et le Brésil n'est pas en reste : 


Conclusion


Deuxième article de PMB pour cet Hiver, et il y a de quoi dire tant cet Hiver est hors norme. Il ne sera peut être pas le plus chaud en Belgique, il ne sera peut être pas le plus chaud en moyenne pour le globe. Mais en tout cas, personne n'aura été épargné par les anomalies en tout genres. Et les impacts sont potentiellement critiques, notamment en ce qui concerne la production alimentaire mondiale. La sécheresse au Brésil et en Californie menace de provoquer une flambée des prix de certaines matières premières agricoles.